80 % des smartphones vendus en UE trichent sur la réparabilité — voici pourquoi vous devriez vous méfier avant d’acheter
Un an après les règles UE, 80 % des smartphones ne publient pas les infos de réparation obligatoires
La promesse était claire : à partir du 20 juin 2025, les smartphones et tablettes vendus dans l’Union européenne devaient afficher des informations précises sur leur réparabilité et rendre publiques les instructions et les prix des pièces détachées. L’objectif : permettre aux consommateurs de choisir en connaissance de cause et favoriser un marché où la réparabilité devient un critère d’achat. Un an plus tard, une vaste enquête menée par iFixit et Right to Repair Europe sur la base du registre EPREL révèle un constat alarmant : la quasi‑majorité des appareils ne respecte pas ces obligations.
Que demandent exactement les règles ?
Les nouvelles obligations imposées par l’UE comprennent notamment :
Ces mesures visent à rendre la réparation plus simple et plus transparente, mais elles reposent en grande partie sur la bonne foi des fabricants pour fournir des données complètes et correctes dans le registre EPREL et sur leurs sites de support.
Les chiffres qui fâchent
Les résultats de l’analyse sont sans appel : sur 2 334 modèles de smartphones enregistrés au cours des douze derniers mois, seulement environ 18 % indiquent des liens vers des pages contenant à la fois les prix des pièces et les instructions de réparation. Autrement dit, près de 82 % des fiches sont incomplètes ou trompeuses. Voici la répartition observée :
Plus surprenant (et choquant) : certains fabricants se sont auto‑attribués une note A de réparabilité tout en ne fournissant aucun lien valide vers les informations requises.
Pourquoi un tel niveau de non‑conformité ?
Plusieurs facteurs expliquent ces lacunes :
Des conséquences pratiques pour les consommateurs et les réparateurs
La non‑mise à disposition des informations demandées a des impacts concrets :
Autre point important : même lorsque les fabricants publient des informations, l’accès n’est pas toujours direct. Pour des marques majeures, il faut souvent naviguer à travers plusieurs menus pour atteindre la page listant les pièces et leurs tarifs, ce qui décourage l’utilisateur moyen.
Transparence et surveillance du marché : que faut‑il changer ?
Le rapport pointe trois axes prioritaires pour redresser la situation :
La mise en place d’outils facilitant la remontée d’incidents et la vérification indépendante renforcerait la crédibilité du système et permettrait de faire respecter l’esprit de la législation.
Le piège du système autodéclaratif
Le principal point faible du dispositif actuel est son caractère largement autodéclaratif. Sans obligation de publier le rapport complet qui justifie la note de réparabilité, les consommateurs n’ont pas moyen de vérifier la cohérence des scores. Le risque est que des fabricants affichent des notes flatteuses sans fournir les éléments concrets. Pour restaurer la confiance, il serait utile que la législation impose la publication des critères détaillés et des éléments de calcul — un pas vers une véritable transparence.
Vers une meilleure accessibilité des prix des pièces ?
Une piste mentionnée souvent par les acteurs pro‑réparation est d’intégrer directement les prix des pièces dans le calcul du score de réparabilité (comme le fait la France) : cela rendrait l’information immédiatement exploitable par l’acheteur et inciterait les fabricants à rendre les pièces plus abordables. Aujourd’hui, la dispersion des informations et la navigation laborieuse sur les sites des constructeurs rendent l’exercice trop complexe pour un grand nombre d’acheteurs.
Ce que peuvent faire les consommateurs dès maintenant
L’enquête montre que la règlementation européenne n’a pas encore atteint ses objectifs pratiques. Sans un renforcement des moyens de contrôle et une exigence de transparence plus forte, l’ambition d’un marché plus durable et réparable risque de rester lettre morte. Les consommateurs et les réparateurs attendent désormais des actions concrètes des autorités et, idéalement, une évolution du cadre pour rendre la conformité simple, vérifiable et contraignante.
